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Toulouse-Lautrec exposé au musée Bonnat-Helleu
Publié le 1 avril 2026
Une œuvre du musée d’Orsay au musée Bonnat-Helleu
Dans le cadre de l’opération nationale « 100 œuvres qui racontent le travail », initiée par le musée d’Orsay, Femme tirant son bas d’Henri de Toulouse-Lautrec est présentée au musée Bonnat-Helleu jusqu’au 9 novembre 2026. Ce prêt exceptionnel s’inscrit dans une démarche visant à faire circuler les œuvres des collections nationales sur l’ensemble du territoire, tout en proposant une réflexion renouvelée sur les représentations du travail au XIXe siècle.
Entrer dans l’intimité des maisons closes
Réalisée vers 1894, cette huile sur carton appartient à la série que Toulouse-Lautrec consacre aux maisons closes parisiennes. L’artiste, qui fréquente ces lieux et en observe les scènes du quotidien, y développe une approche profondément moderne : il peint sans jugement moral, sans idéalisation ni voyeurisme, des femmes saisies dans l’intimité de leur existence.
Représenter un corps au travail
Ici, une travailleuse du sexe est représentée au moment où elle remet son bas. Le cadrage resserré, l’absence de décor et la posture du corps – légèrement courbée, presque fatiguée – suggèrent à la fois l’enfermement de la maison close et la répétition d’un geste quotidien. Loin des figures héroïques masculines traditionnellement valorisées dans l’histoire de l’art, ce corps féminin au travail invite à interroger les notions d’idéalisation, de dignité et de représentation. Ce corps anonyme, laborieux, peut-il lui aussi être considéré comme un corps héroïque ?
Une écriture picturale libre et moderne
Par son traitement pictural, l’œuvre affirme toute la singularité du style de Lautrec. Le trait, vif et synthétique, proche du croquis, cerne les formes avec une grande liberté. Les aplats colorés, hérités de son activité d’affichiste, simplifient les volumes et accentuent la présence de la figure. Le carton laissé apparent participe à cette esthétique de l’instantané, tandis que quelques rehauts suffisent à suggérer la lumière et le modelé du corps.
La palette restreinte, dominée par les verts et les tonalités claires de la peau, est dynamisée par la chevelure rousse du modèle. Les contours colorés et la rapidité d’exécution traduisent une écriture picturale libre, presque graphique, caractéristique de l’œuvre de Toulouse-Lautrec.
Regarder autrement le corps féminin
En donnant à voir une scène ordinaire, presque invisible, Toulouse-Lautrec contribue à élargir le champ des sujets dignes d’être représentés. L’œuvre témoigne ainsi des mutations sociales du XIXe siècle, marquées notamment par l’extension du travail féminin, tout en offrant un regard attentif et nuancé sur celles qui en furent les actrices.
À travers ce geste simple, l’artiste révèle toute la complexité d’un corps à la fois intime et social, fragile et digne, inscrit dans une réalité que l’art, jusque-là, avait peu regardée.
Dialogues dans la Galerie des corps
Présentée au sein de la Galerie des corps, Femme tirant son bas entre en dialogue avec des représentations issues de différentes périodes, notamment avec des figures héroïques masculines ou des modèles féminins idéalisés. Ces confrontations invitent à interroger la permanence du motif du corps dans l’histoire de l’art, mais aussi les écarts entre corps idéalisé et corps réel, entre mythe et quotidien.
Henri de TOULOUSE-LAUTREC
Albi 1864 – 1901 Saint-André-du-Bois
Femme tirant sur son bas
Vers 1894
Huile sur carton
Paris, prêt exceptionnel du musée d’Orsay dans le cadre de l’opération « 100 oeuvres qui racontent le travail », donation André Berthellemy (1930)
Inv. RF 1943 66