Cette figure de femme hurlant, le visage déformé par la douleur, les mains crispées dans ses cheveux défaits, s’impose dans toute sa force tragique. Ribera, maître du naturalisme napolitain du 17e siècle, excelle ici dans la restitution des émotions extrêmes. Le cadrage resserré, la palette sombre et la lumière crue concentrée sur le visage accentuent l’effet dramatique.
Le sujet reste énigmatique. L’œuvre pourrait représenter Tamar, fille du roi David, juste après le viol commis par son demi-frère Amnon (II Samuel 13), épisode biblique rarement peint, mais dont le pathos s’accorde à la veine caravagesque de Ribera. D’autres lectures plus générales évoquent une femme en deuil ou une personnification de la Douleur. Quoi qu’il en soit, l’artiste privilégie ici l’expression psychologique à la narration, dans un registre d’une intensité inédite.
L’œuvre, acquise par Léon Bonnat auprès de la collection Remisa, est signée et datée de 1638. Elle a fait l’objet d’une restauration approfondie en 2022, révélant l’ampleur de la facture et la maîtrise technique du peintre.